montage loret sépia (2)

Je ne garde pas un souvenir impérissable de cette immense cour de récréation surveillée par des grands ados, qui pour nous à Floirac, étaient plus connus pour leurs qualités footballistiques (voir mémoire de quartier du 20 juin*) que pour leurs aptitudes pédagogiques. Peu importe l’encadrement, c’était le contenu qui me posait problème. Un problème de liberté. La liberté de nos journées d’été désorganisées et improvisées. Personne ne m’avait obligé à fréquenter le Loret, mais la tchatche et le bien vendu de copains qui le fréquentaient, m’ont poussé à faire le forcing auprès de ma mère qui a fini par céder. Il est vrai, que même si le coût des tickets journaliers, que j’allais chercher le samedi à la mairie étaient dérisoires, la multiplication par trois enfants et par 5 jours pleins par semaine, faisait au bout du compte une somme conséquente pour les petits salaires du quartier. C’était néanmoins le prix, à payer pour rejoindre nos amis qui nous attendaient place Hilaire Saura pour l’embarquement journalier dans les archaïques cars Ribet qu’il fallait presque pousser pour franchir la cote de l’Empereur.

 

montage loret sépia (3)

 

Je n’ai passé qu’un été dans ce site Bordelais situé dans le haut Cenon qui acceuillait aussi tous les  les enfants des communes avoisinantes. Ni regrets ni nostalgie pour cet entracte estival où avec mes frangins nous découvrions la cantine obligatoire. On mangeait, sans se poser de questions. On jouait groupés par âges sous la houlette d’un moniteur plus ou moins désabusé. Le soir, après la distribution du "quatre heures" nous attendions interminablement et sagement, souvent assis par terre, l’arrivée du bus qui allait nous ramener à la maison. C’était la fin d’une journée sans surprise qui le lendemain reprenait son leitmotiv de torpeur et d’ennui comme un film "d’un jour sans fin"

*http://memoirequartier.canalblog.com/archives/2017/06/20/35401713.html


 

L’histoire du Loret (c’est-à-dire notre histoire) ne se limite pas au centre aéré des années cinquante, elle démarre bien plus tôt dans le temps. Un temps qui n’est pas suspendu, mais arrêté comme son propriétaire en 1941. Une grande figure du siècle précédent qui mérite un arrêt sur lui, autre que celui de la Gestapo. Sante Garibaldi , petit-fils de Giuseppe Garibaldi avait acquis le château du Loret en 1938, année de l’inauguration du stade municipal dont il avait participé à sa construction. Rappelons pour les amateurs de foot que cette année-là  ce fut l’Italie, son pays d’origine qui remporta le mondial. Une Italie mussolinienne qui ne convenait pas à ce personnage hors normes engagé dans la  légion étrangère lors de la première guerre mondiale et résistant antifasciste de la première heure dans la seconde.

téléchargement

 

Passé en zone libre après la réquisition de son entreprise, il est arrêté par les Allemands en 1943, emprisonné au fort du Ha, puis déporté à Buchenwald et Dachau avant d’être libéré le 24 avril 1945 (veille des accords de Yalta). Il décédera  le 4 juillet 1946 à Bordeaux Caudéran.  

 

 

Pour en savoir plus sur Sante Garibaldi qui est né à Rome en 1885 et décéda à bordeaux en 1946 cliquer sur 

https://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/sante-garibaldi-et-la-federation-garibaldienne-de-bergerac-en-1939-12147

https://www.wmaker.net/lesgaribaldiens/Sante-GARIBALDI_a49.html

  

chateau Loret sépia

Revenons  au Loret que sa fille Anita a divisé en vendant une partie du domaine à Monsieur Jaffrineau, industriel membre de la chambre de commerce et l’autre à Monsieur Babin Floriculteur qui en 1952 céda gratuitement quelques parcelles à la mairie de bordeaux qui en fit le centre de loisirs et de plein air pour les petits Bordelais et leurs voisins, « les enfants de Léo et  de Lébas de Garonne ».