Raymond est né à Floirac un 13 décembre. Jour de chance me direz-vous, mais la chance c’est lui qui se l’est faite, à coup de ciseaux et de tondeuse. Une vocation d’enfance qui s’est concrétisée avant les quatorze ans obligatoires pour démarrer un apprentissage. Raymond est un authentique enfant de Lébas de Garonne qui a longtemps vécu à Floirac sans pour autant y travailler. C’était  la Bastide son fief professionnel. Excepté un entracte d’une dizaine d’années hors coiffure, il est resté fidèle à la Bastide. Un mariage réussi. Des noces d’or pour une union professionnelle et affective qui a démarrée lors de son apprentissage chez monsieur Merle, avenue Thiers, près du pont Saint-Emilion, pour s’achever dans son dernier salon situé pratiquement en face, au numéro 359 de la même rue. La boucle était bouclée. Une petite boucle kilométrique qui enserrait le salon de Monsieur Bertrannet où il était jeune ouvrier et le mythique " Lui coiffure " du cours Le Rouzic qui a été son premier établissement. Comme on peut le constater en visualisant son parcours, l’essentiel de son activité s’était cristallisée dans ce secteur de la rive droite où il a laissé bien plus que des clients: "Des fidèles qui l’ont toujours suivi et qui sont restés amis".

 

montage Raymond 02

Mais ce n’est pas que la coiffure qui marquée les esprits. Les poings gantés, les coups de dérailleurs et de reins, mais aussi sa grande foulée de crossman ont forgés une image aux antipodes de celle qu’on se fait habituellement de la profession.

Je vous invite à lire un extrait de l’homme à la veste blanche (pages 24/25) ou en dépit du changement de nom, ses proches et ses amis n’ont pas manqué de faire un rapprochement.

Vincent ayant clamé qu’il été venu dans le coin pour se faire couper les cheveux, se sent obligé en quittant le bar de pousser la porte du salon de coiffure voisin. Il n’en a pas besoin, mais cette échoppe où cinq personnes meublent leur attente en feuilletant des magazines aux informations périmées est un refuge bienvenu. Bienvenu chez Lino ! Vincent salue son pote coiffeur qui lui répond sans lâcher la tête qu’il transforme à coups de ciseaux et de rasoir et prend place au bout de la rangée, sur la dernière chaise de libre. Les yeux posés sur un Paris Match qu’il ne lit pas, il écoute Lino. Il ne peut pas faire autrement tant il parle haut et fort pour que sa voix ne soit pas recouverte par le ronronnement du séchoir à main.  Il parle et il raconte. Des racontars de quartier. Des potins et des anecdotes qu’il narre avec une verve colorée qui déclenche les rires et la bonne humeur générale. Vincent se laisse bercer par cette voix qui petit à petit se fait sienne. Cette voix c’est sa jeunesse. Une époque proche et lointaine à la fois. Vincent aime se plonger dans cette atmosphère qui ressuscite les souvenirs d’une époque où Lino n’avait pas cette imposante moustache qui le caractérise, mais possédait déjà cette morphologie de sportif accompli qui le différencie des caricatures fragiles et précieuses des hommes de sa corporation. Une différence de taille. De taille et de comportement. Sa renommée locale ne s’est pas bâtie dans les soirées mannequins ou les concours de bouclettes, mais sur les rings de France et de Navarre.

 

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